Camp de prisonniers d’Holzminden

Manuel TEJEDO CRUZ
Membre de la Société d’Histoire des Ardennes
Auteur de « 2000 ans d’histoire entre Chiers et Meuse »
« Barrer la route, combats de Mai-Juin 1940 »
« Baybel, Napoléon III à Mouzon, Carignan, Août 1870
« La drôle de guerre dans l’Est Sedanais, 1939-1940 »
« Les cantons de Carignan et Mouzon en 1914 »
En préparation « L’heure allemande », occupation des Ardennes et du Nord –Meusien de 1914 à 1918
Eric, Monsieur Renson d’Herculais,

J’ai donc retrouvé la trace de vos aïeules qui avaient été déportées civiles pendant la première guerre mondiale. C’est un épisode très peu connu du public et même de certains historiens, c’est la raison qui me pousse à faire connaître le calvaire physique et moral enduré par ces personnes, et je projette la rédaction prochaine d’un ouvrage consacré à ce sujet.
Il faut savoir que le département des Ardennes a été le seul département français occupé à 100% et pendant toute la durée du conflit (51 mois). Les colonies allemandes en Afrique, dès 1914 avaient été occupées par les Français et les Anglais, les prisonniers allemands restaient dans des camps sur le sol africain, ce que la population et le gouvernement allemands ne supportaient pas. Après maintes demandes au Président Poincarré de ramener les prisonniers en métropole, et au refus qui s’ensuivaient toujours, les Allemands en représailles déportèrent des personnalités de la liste civile en Allemagne, Holzminden pour femmes et enfants principalement, et Milejgany en Lituanie pour les hommes. Ils étaient appelés les Représaillés. Lorsque ceux-ci protestaient d’être déporté, on leur répondait, » vous êtes ami (e) avec M. Untel député ou sénateur, demandez-lui de faire pression sur Poincarré pour rapatrier nos prisonniers ».

Vous trouverez ci-joint un extrait du récit d’une déportée, camarade de captivité de vos aïeules, ainsi que quelques photos du camp de Holzminden.

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. »
Winston Churchill

Voilà, en attendant un ouvrage plus documenté, vous aurez un petit aperçu de la détresse de vos familles pendant ces périodes de guerre.

Je reste bien entendu à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.
Cordialement,
MTC

Récit de captivité de R.GUFFROY
Directrice d’école à Carvin (Pas de Calais)

RECIT DE LA CAPTIVITE D’UNE DAME OTAGE AU
CAMP DE PRISONNIERS D’HOLZMINDEN

« Le 30 décembre 1917 la kommandantur allemande nous fit signifier par un de ses agents d’avoir à nous tenir prêtes à partir comme otages en Allemagne pour la question des Alsaciens-Lorrains. Nous avions le droit à 50 kg de bagages et le départ pouvait avoir lieu d’un moment à l’autre. Quatre dames de la ville et 9 hommes devaient partir. Le 11 janvier 1918 seulement on vient nous enjoindre de nous trouver à 3 heures de l’après-midi à la kommandantur de Carvin, munies de vêtements chauds et de 3 jours de vivres ; une voiture nous emmena à la gare de Libercourt où nous devions être « embarquées ». Debout de 4 heures et demi à 8 heures et demi du soir nous attendîmes le train qui, passant par Carvin nous déposa ensuite enfin en gare de Lille à 10 heures et demi. Des soldats boches nous y prirent et nous conduisirent à la caserne des chasseurs où nous passâmes la nuit sur des planches. A six heures du matin le samedi, réveil : nous prenons une tasse de café servi par le comité d’alimentation de la Ville et, munies de nos petits bagages, escortées de soldats et de gendarmes, quatre par quatre nous parcourons les rues qui mènent à la gare. Tout le long du trajet se ne sont que parents et amis qui, malgré la défense des Boches viennent faire leurs adieux à celles qui vont vers l’exil, le froid et la faim. A neuf heures, nous sommes enfin dans des wagons de troisième classe non chauffé, quoique la température soit des plus rigoureuses, et le voyage reprend. Passant par toutes les gares où doivent se trouver les 400 dames qui sont désignées comme nous, nous zigzaguons à travers le Nord, l’Aisne, les Ardennes, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle jusqu’à dimanche matin. A 9 heures, nous apercevions Audin-le-Roman incendié et à 10 heures nous nous arrêtions à la gare de Thionville. Pendant la nuit quelque temps après le passage à Charleville, un potage au riz très clair nous avait été apporté dans le train par des soldats.

Nous reprîmes le voyage à 11 heures le voyage pour Trèves et les au-delà ; voyageant sans arrêt, sans confortable, sans lumière et sans feu, sans eau, obligées pour nous rafraîchir un peu la peau, de demander au soldat qui nous gardait, de nous ramasser sur la voie un peu de neige fraîchement tombée. Jamais nous n’avions autant souffert du froid que pendant ces trois journées et deux nuits passées dans le même compartiment, sans mouvement, sans même pouvoir abandonner les chaussures. Toutes nous avions les pieds enflés et meurtris lorsque le lundi soir à 11 heures et demi, nous nous arrêtâmes en gare d’Holzminden devant une foule hargneuse et ricanante, massée là pour jouir de notre détresse. Les bagages à mains les plus lourds furent laissés sur le quai et, munies du plus strict nécessaire, toujours quatre par quatre, gardées par des soldats baïonnettes au canon, nous gravîmes à pieds, par une température de -13°, la côte longue de 5 kilomètres qui va de la gare au camp, suivies des ricanements des dames allemandes et sous les boules de neige que nous lançaient les enfants. Jamais nous n’oublierons ce calvaire !! Exténuées de fatigue et de froid des malheureuses tombaient, il fallait les relever et les soutenir pour suivre la file ; enfin à une heure du matin nous arrivions au camp et nous étions introduites dans des baraques en planches raboteuses où l’on nous enfermait. Pas de feu dans le poêle colonne à deux étages qui avait l’air d’être là pour nous narguer ; lits en bois superposés garni d’unssac en grosse toile grise, mouillé sous prét  A 5 heures chaque jour, réveil au clairon. A 5 heures et demi du matin, les prisonniers civils qui nous apportèrent ce que dans le camp on appelait du café, nous apprirent que nous étions chez nous. Trois jours durant, nous fumes bouclées dans les baraques, gardées par des sentinelles avec défense expresse de sortir, ne voyant que les prisonniers qui nous apportaient à 11 heures et à 5 heures une soupe immangeable et 200 g de pain noir et auxquels nous n’avions pas le droit de causer. Heureusement, le Comité de Secours français nous fit, ces jours-là, apporter la soupe populaire au riz et un chocolat, qui avec les biscuits qu’il nous envoyait également nous permit quand même de nous restaurer.

Jeudi 17, nous fumes avisées que nous avions à prendre dans la baraque où nous étions enfermées à 100, tout ce qui nous appartenait et à sortir car nous allions peut-être avoir une autre affectation. On nous conduisit reconnaître à une baraque du camp des hommes, nos colis laissées à la gare à notre arrivée. Il faut avouer que chacune de nous y retrouva tout ce qu’elle avait abandonné. Munies de tout cela nous passâmes à la visite. Tous nos colis furent ouverts et fouillés avec soin. Tous les produits pharmaceutiques dont nous nous étions munies en cas d’accident nous furent enlevés, tous les papiers furent retenus pour la censure et nous fûmes introduites dans un cabinet particulier où nous dûmes subir la fouille jusqu’aux vêtements les plus intimes. Les dames à cela préposer ne nous laissèrent pas un centime, tout ce que nous possédions devait aller attendre à la kommandantur du camp l’heure de notre départ et on ne nous octroierait que 20 marks par semaine pour nos besoins personnels. Les opérations terminées, comme le soir était venu, nous rentrâmes dans la baraque d’où nous étions sorties et qui avait été, pendant notre absence, consciencieusement fouillée. Il fallait se rendre à l’évidence, c’était là que nous devions vivre, 100 par baraque, 48 dans une chambre qui servait de cuisine, salle à manger, chambre à coucher, cabinet de toilette, salle de débarras ; c’était là que l’on devait dormir sur les débris de toutes sortes, au milieu des puces, poux et punaises.

Deux jours après visite des gros bagages, réédition de la fouille ; les malles furent transportées à leur tour dans les baraques ou l’on ne put alors se mouvoir sans s’accrocher à une caisse ou à un panier, sans se déchirer les vêtements. Heureusement, cependant, nous pûmes nous servir de nos caisses comme de sièges et même comme tables car nous n’avions qu’un tabouret pour sept personnes. Six semaines durant, je dus manger sur mes genoux et m’asseoir sur le pied de mon lit et je connais des dames qui, durant six mois n’eurent d’autre siège et d’autre table que leur malle.

Une fois pour tout de bon installées nous entendîmes nommer une « cheffesse » de baraque, prisonnière internée dans le camp, qui devait prendre la direction de l’immeuble et de ses habitantes, présider à la distribution des soupes, des biscuits et du pain, transmettre les ordres du bureau, veiller au bon ordre et inventorier souvent le matériel de l’établissement ; chaque dame ayant reçu : – 1 paillasse piteuse, – 1 cuiller en fer dégoûtante, – 1 bassine émaillée en mauvais état devant servir d’assiette, – 2 loques grises dénommées serviettes, – 2 couvertures en coton gris déloquetées.

Le soir, un médecin russe, interné comme nous visita et nous informa qu’il se tenait à notre disposition, mais le malheureux, malgré toute sa bonne volonté, ne pouvait donner que quelques pilules, quelques granules et un peu de rhubarbe ou de teinture d’iode. Au bout d’une semaine, il vint nous avertir que toutes, nous devions passer à la douche ; nous étions enchantées mais notre enthousiasme tomba lorsque nous apprîmes que nous devions être sous le jet à 24 à la fois. Quelques dames se récrièrent. Rien à faire ! Il fallait s’exécuter une fois tous les 15 jours.

Autre cri d’alarme ! L’ordre vient de tenir fermés les WC des baraques depuis 6 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir ; il faut se rendre aux cabinets publics situés à l’extrémité de la partie du camp réservé aux dames et où, comme le dit spirituellement Madame Caulière dans sa chanson du camp, il faut se soulager à 18 à la fois. Pour le coup les réclamations pleuvent et ce n’est que 4 ou 5 semaines plus tard que nous obtenons, moyennant 500 marks une réparation pour 12 cabines où l’on pourra s’isoler ; l’installation est des plus rudimentaires, mais c’est un progrès.

1ère revue : Coup de clairon ; toutes les dames doivent rentrer à la baraque sans savoir de quoi il s’agit ; au bout d’une demie- heure la cheffesse transmet l’ordre du feldwebel « Toutes les dames dehors avec

le matériel ». Et l’on s’aligne et les dames allemandes surveillantes et le feldwebel nous font poser pendant une heure, les pieds dans la neige pour s’assurer que tout est au complet. On est glacée quand on obtient enfin la permission de rentrer.

Deux jours après, à une heure de l’après-midi, toutes les dames doivent être à la grille du camp des hommes pour aller, accompagnées des « postes » s’alignent sur la terrasse où le colonel va les appeler pour leur donner un matricule. L’opération dure deux heures après lesquelles, chacune de nous, munie d’une plaque en zinc portant un numéro gravé rentre à la baraque avec l’ordre formel de toujours porter sur soi la plaque indicatrice qu’elle doit, sous peine d’amende présenter à toute réquisition. Je devins, à partir de ce jour le numéro 22093.

Jusqu’à présent nous vivions de nos provisions apportées de chez nous mais tout s’épuise et ceux de nos parents restés en France libre n’ont encore pu rien nous envoyer, le Comité de secours nous vient en aide et nous fait 2 distributions par semaine ; heureusement car nous ne pouvions rien ingurgiter de peu que nous donnent les Boches.

Il fait toujours très froid, la gelée persiste, les nuits dans les baraques sont glacées et nous n’avons que fort peu de charbon. Un matin pourtant c’est le dégel, la température s’adoucit mais les chemins (en argile) du camp se transforment en flaques dans lesquels on s’enfonce jusqu’aux chevilles. Je me souviens d’une matinée où, me rendant aux cabinets avec des sabots d’emprunt, je m’enlisais devant une baraque et je dus attendre accrochée au grillage, pendant 20 minutes que les prisonniers de corvée viennent me tirer de la terre glaise qui me tenait. Deux semaines après seulement on garnit de passages en bois l’intervalle es baraques lorsque presque toutes les dames eurent acheté à la cantine des espèces de brodequins horribles avec semelles en bois que l’on vendait 15 marks.

Quinze jours après notre arrivée au camp nous fûmes vaccinées pour la variole et de 15 jours en 15 jours, toutes, jeunes ou vieilles, nous dûmes défiler devant le docteur flanqué d’un soldat et présenter tantôt un sein tantôt l’autre pour recevoir les piqûres réglementaires (3 pour le typhus, 2 pour le choléra).

Les prisonniers civils chargés des corvées du camp des femmes nous rendaient une foule de petits services, ils nous cassaient, même malgré la défense des gardiens, le bois vert que nous achetions bien cher pour nous chauffer mais au bout d’un mois par mesure de représailles on nous obligea à le casser nous-même.

A la fin du mois de février, l’existence se fit plus fiévreuse, lettres et colis commencèrent à arriver de France. Il fallait voir l’anxiété qui étreignait chacune lorsque vers 8 heures du matin la cheffesse annonçait le nom des privilégiées recevant des colis que l’on devait retirer au bureau. Ce qui importait, ce n’était pas le contenu du colis, c’était la pensée venue de là-bas, de ceux dont on ne savait rien depuis 4 longues années et qui se révélaient tout à coup.

On prenait du colis ce dont on avait besoin et on laissait au dépôt ce qui pouvait attendre pour le retirer au moment propice. Et à 4 heures du soir, heure des correspondances, quelle fièvre toujours et avec quel empressement on se précipitait vers le bureau de distribution. Ce n’est pas que l’accueil qui nous y attendait fut bien engageant ! Oh non. Il fallait attendre que la baraque fut appelée par le feldwebel distributeur qui, tout le monde étant présent, nous remettait après les avoir décachetées les lettres à nous adressées puis, lorsque toutes nous étions servies, nous congédiait avec un retentissant « Erhaus ! » qu’on aurait cru adressé à des forçats. (Il est vrai qu’il était ancien garde chiourme). Nous partions emportant nos précieuses missives dont les unes faisaient rire, les autres pleurer mais qui toutes donnaient un peu de courage et de réconfort.

De nos maisons abandonnées, de ceux que nous avions laissés en pays occupés, rien ne venait. Le 19 mars on nous avisa que par mesure de représailles les communications étaient coupées entre nous et les

nôtres, les mères n’avaient donc pas le droit d’avoir des nouvelles de leur famille restée aux mains des Boches, les épouses, rien de leurs maris, aucun mot du foyer abandonné. Le résultat de cette mesure fut navrant mais personne n’alla récriminer, ni se plaindre.

Le 21 mars, nouvelle représaille. Sous prétexte que le gouvernement français a retranché 100 g de pain à la ration des prisonniers boches, nous sommes totalement privées des biscuits du Comité de secours jusqu’à une date indéterminée. Mangeons-nous le mauvais pain qu’ils nous donnent ? Nous suffira-t-il seulement ? Par raffinement de cruauté la soupe se fait de plus en plus mauvaise, son odeur est nauséabonde. C’est alors que le Comité de ravitaillement Belge nous envoie des biscuits et du chocolat, heureusement car les dames, qui ne reçoivent pas au moins un colis par semaine, sont exposées à mourir de faim.

Le 22 mars, nous recevons la délégation des neutres (espagnols) qui reçoit toutes nos plaintes et toutes nos revendications présentées par des déléguées de chaque baraque. La première amélioration apportée à notre sort est le dédoublement des baraques ; au lieu d’être 100 dans une, nous ne serons plus que 50, 25 dans une chambre au lieu de 48 ou 50. Il était temps car nous avions eu quelques jours de soleil et le séjour de la baraque devenait impossible et au dehors pas un arbre, pas un coin d’ombre. Pour comble la frontière suisse se trouva fermée et pendant trois semaines nous ne reçûmes plus ni lettres, ni colis. C’était l’ennui avec tout ce qu’il a de déprimant, les dames tombaient malades, la température anormale provoquait des malaises nécessitant le transport au lazaret ; les moins énergiques commençaient à faiblir ; il fallait réagir. On organisa de petites réunions, on chanta, on déclama, on joua même la comédie, on s’efforça de se distraire. Enfin la frontière se rouvrit, les lettres arrivèrent, on se remit.

Mai – Le bruit court dans le camp qu’une conférence s’ouvre à Berne pour discuter sur le sort des prisonniers et agiter les questions concernant notre internement. Est-ce vrai ? De nouveau les consuls viennent et nous annoncent que les conventions entreront en vigueur le 15 mai. Nous commençons à croire que nous ne resterons pas là jusqu’à la fin de la guerre. On nous distribua quelques pommes de terre pour la première fois depuis notre arrivée au camp, nous sommes enchantées.

Le 22 mai, on désigne 100 personnes parmi les plus âgées (celles de 50 à 70 ans) qui demandent à être remises en pays occupés, on leur dit de préparer leurs bagages pour partir le lendemain à midi. Toute la journée se passe en préparatifs, on s’agite allègrement, on prend les messages de l’une et de l’autre qui doivent rester internées, on boucle les malles et à 10 heures et quart le lendemain, la cheffesse apprend que « l’on ne part pas » parce que le gouvernement français n’a pas donné satisfaction au gouvernement allemand ; rien n’indique même que l’on puisse partir de sitôt. On ne récrimina pas mais le coup est rude et bon nombre de ces dames se mettent au lit avec la fièvre, quelques-unes sont prises de neurasthénie, il faut les descendre à l’hôpital où l’une devient folle et où une autre meurt à 70 ans.

Quelques jours après les accords sont affichés dans le camp, ils concernent les prisonniers mais non les otages, on consulte les prisonnières sur la direction qu’elles veulent prendre en cas de libération, on ne parle pas aux otages, c’est décevant. Le 15 juin ordre arrive de Berlin, du ministère de la guerre, de signifier à 25 dames désignées et qui doivent rentrer en France, qu’elles sont libérées et seraient déjà rendues si le gouvernement français tenait ses engagements envers l’Allemagne. Chacune doit immédiatement l’écrire à un personnage politique quelconque, les lettres seront immédiatement transmises sans subir les retards officiels. Les unes s’exécutent, les autres n’écrivent pas et tout reste en état.

Mais les cerveaux travaillent ; c’est une obsession continuelle, et la faiblesse augmentant, beaucoup tombent malades. Ah ! Les Boches s’y entendent pour martyriser les pauvres femmes !! Depuis l’annonce du 1er départ certaines dames ont demandé en France d’arrêter l’envoi des colis ; les vivres arrivent plus rares, il fait chaud, on ne mange plus et on s’affaiblit chaque jour davantage. Le commandant fait savoir qu’on doit redemander des colis parce que l’on ne voit pas la fin de l’internement. Le cri d’alarme parcourt le camp, les unes y prêtent foi, les autres n’y voit qu’une fumisterie qui doit avantager les Boches gardiens du camp et démoraliser les malheureuses otages. Pourtant il faut bien se persuader que pour le 15 août il faut que le camp soit vide ; les unes y croient, les autres sont sceptiques.

Enfin le 5 juillet un appel de la cheffesse fait venir au seuil de la baraque toutes les dames qui désirent rentrer en France. On en nomme 94 qui toujours doivent écrire en France qu’elles seraient rendues au gouvernement etc. Troisième acte de la comédie : personne veut bouger cette fois.

Le 9 juillet enfin, un ordre venu de Berlin fait préparer les 94 personnes désignées pour rentrer en France, il faut que pour le lendemain tout soit prêt on doit passer aux « baraques noires » pour y être fouillée et faire visiter les bagages. Je suis parmi les 94. Comme les autres je prépare mes bagages et le lendemain à midi je suis pour de vrai, cette fois, prête à partir. Nous n’avons plus qu’une nuit à passer au camp, plus qu’une fois à nous défendre contre la vermine, plus que 24 heures à être enfermées.

Après les formalités de fouille, les reconnaissances de dépôt, nous sommes conduites à la gare ou nous prenons le train pour Rastadtt. Nous roulons une journée et une nuit et le surlendemain soir nous entrons en file à la forteresse construite par Napoléon où nous retrouvons nos compatriotes venus de Lituanie pour rentrer en même temps que nous en France.

Les prisonniers civils internés là nous font fête, un concert est donné où nous entendons malgré les gardiens Boches les airs du « Père la Victoire, de la Marseillaise ». Nous sommes infiniment plus heureuses que la veille au soir lorsque à Heidelberg sous prétexte de nous faire prendre quelque chose de chaud, nos bourreaux nous ont fait descendre du train pour nous conduire dans un asile de nuit rempli de rôdeurs, de voyous et d’apaches. Le 14 juillet commence pour nous par la dernière humiliation, la dernière fouille puis nous partons pour la gare. Ah mais, cette fois nous redevenons des dames de marque, on nous installe dans des wagons de 2ème classe, très confortables, les Suisses qui nous attendent à Singen verront que nous sommes bien traitées ; un repas chaud est commandé à la gare en nous attendant. Quelle hypocrisie et combien fourbes sont ces hommes. Nous le constatons une fois de plus. Singen (la dernière étape en Bochie) Nous y passons 6 heures pendant lesquelles se font les formalités de remise aux autorités suisses. L’échange de notre argent, la restitution de nos papiers. Nous montons dans le train qui n’est plus à eux nous sommes entourées de soldats sympathiques qui sont polis, qui s’intéressent à nous, qui nous témoignent de la bienveillance et nous poussons un soupir de soulagement lorsque au moment où notre train s’ébranle nous voyons le « leur » se mettre en route en sens inverse.

La traversée de la Suisse, nous ne l’oublierons jamais et ces réceptions à Zurich et Berne, et ces soins et ces témoignages de sympathie. Nous étions couverts de fleurs à notre arrivée à Evian où de nouvelles émotions nous attendent. Mais la plus forte, la plus poignante fut celle que nous éprouvâmes à la première gare française à Meillerce lorsqu’à l’aube, une sonnerie de clairon bien française cette fois, nous appela à la portière et qu’un vieux brave nous présenta le drapeau au seuil de la Patrie enfin retrouvée.

Texte1Mme Louise DENAIFFE née DEWE

 Texte2
 Mme Marie RENSON dHERCULAIS née CAMION
 Jai retrouvé la liste de 187 Ardennaises et Ardennais déportés à Holzminden.
 group_femme1
 Groupe de femmes à Holzminden
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 group_femme4group_femme3
 4_femmes

 otages_mont

 Otages de Montmédy
 repressailles
 Dessin représentant des Représaillées entrant au camp.

 eau-toilette

 Distribution de leau pour la toilette.
 enfant_polo
 Des enfants polonais avaient été également déportés.
 enfants+meres
 « Geste dapaisement « des Allemands, on ne séparaient pas les enfants de leur mère.
 plaque
 Plaque individuelle de matricule
brassard
 Brassard avec numéro matricule
 prisonnier_bon
 Le camp de Holzminden disposait de sa propre monnaie.
 Noel
 Le cynisme était atteint avec ces cartes de Noël.